Histoire rocambolesque


La Caverne des Géants à Saillon peinte par Gustave Courbet durant l’automne 1873 a une histoire compliquée qui aurait pu donner du fil à retordre à Sherlock Holmes, une histoire rocambolesque.

Au début, le tableau est présenté en Suisse en 1874 lors d’une exposition itinérante Tournus de maîtres suisses. Il n’a pas laissé indifférent la critique de l’époque.

Ensuite la toile est donnée par Courbet pour une tombola en faveur des inondés du Midi de la France. Elle est achetée ensuite par un amateur d’art.  Pendant plus de 120 ans, on la perd de vue…

Elle réapparaît en 1977 au Grand Palais de Paris pour commémorer le centième anniversaire de la mort de Courbet.  Lorsque on la redécouvre, on ignore presque tout de son histoire. On lui invente alors une identité, une origine. C’est l’orpheline qui n’a plus de famille. On doit lui donner des parents, une famille pour être admis dans la Cour des Grands.

Madame Hélène Toussaint la materne et la rend plus acceptable pour son bien. Il faut trouver quelque chose d’inédit et voilà qu’elle lui invente une histoire inédite : des démons ou monstres surgissent du tableau. Courbet a tout inventé. Cela est inhabituel pour Courbet. Tant pis, pourvu qu’on en parle. Peut-être l’alcool, la folie…Et voilà que c’est la grande nouveauté de 1977, année du centième de la mort de Courbet. C’est la terre qui parle, la terre qui peint. D’autres peintre anciens avaient déjà utilisé ce langage. C’est le tour de Courbet, la grosse gueule. On va lui balancer encore ça sur les épaules.

 

 

 

On a perdu son identité, sa date de naissance, son lieu d’origine. Il faut tout reconstruire, tout imaginer, tout penser comme Courbet, voir avec ses yeux. Et c’est là que toute une ribambelle d’experts français, américains, allemands, anglais y vont de leurs analyses scientifiques, de leurs exposés pointus, mais qui vont se transformer en théories farfelues.

Vidéo de l’INA (1977)

Vidéo de 1977 Exposition Courbet Paris
Vidéo de 1977 Exposition Courbet Paris

 

Quand un tableau de Courbet est de moins bonne facture, on l’attribue à la période suisse ou à l’un de ses collaborateurs. Mais là, on n’en sait rien. Il faut donc le rebaptiser, le dater et le renommer. On doute aussi de son auteur.

Et Bing ! Dans le mur !

On le date faussement de 1866 !

On le nomme  : Paysage fantastique aux roches anthropomorphiques. (Sortez votre Larousse !).

On prétend même que Courbet a tout inventé de ce paysage, qu’il était sans doute noyé par les effluves d’alcool, car tout est sorti de l’imagination du peintre. En deux mots, ce paysage n’existe réellement pas et les big boss des musées ont percé les mystères des neurones picturales de Courbet en produisant des déductions inattendues, pleines de fausses pépites.

Désolé mais chez ce Courbet-là, tout est juste, à sa place ! Rien n’a été inventé. La réalité telle qu’on la voit.

Carte de la région de Saillon (circa 1870)
Carte de la région de Saillon (circa 1870)

Revenons en 1873 à SaillonGustave Courbet s’établit pour quelques mois à Saillon, près de la Caverne des Géants. Il y passe presque toute la fin de l’été presque seul, selon Wolf. Il y peint d’autres tableaux comme Saillon (appelé également le Glacier) et d’autres vues de la Grotte des Géants et notamment diverses compositions. Il revient à plusieurs reprises à Saillon où il essaie d’y établir un atelier.

Gustave Courbet, peintre, BNF Paris
Gustave Courbet, peintre, BNF Paris