Paul Pia

Essai de biographie de Paul Pia

 

Vous me connaissez peut-être déjà parce que j’ai été le marchand de tableaux à Genève des oeuvres de Gustave Courbet à partir de 1873. Ma vie a été bien remplie et j’ai pu accéder à de très hautes fonctions dirigeantes grâce à mes qualités. Comme les Chemins de Fer étaient considérés comme une affaire d’ingénieurs, j’ai suivi la trace jusqu’au sommet de la pyramide.

 

  • Enfance

 

Je suis né le 19 mars 1831 à Rouen. Mes parents m’ont baptisé du prénom de Paul Honoré. Ma mère Adèle Catherine Lehaëne a 31 ans et a épousé Pierre Louis Honoré Pia. Mon père journaliste est originaire de Neufchâtel.
A ma naissance, Rouen, la ville aux 100 clochers, compte 88000 habitants. Elle a vu mourir sur le bûcher, il y a exactement 400 ans, celle que l’on surnommait la Pucelle d’Orléans, Jeanne d’Arc. Mon destin va être étrangement lié à celui de la patronne de la France puisque je vais être nommé bien plus tard, directeur du trafic de la Compagnie d’Orléans. Comme elle je vais risquer ma vie pour sauver la France de l’envahisseur, mais je vais y échapper grâce à l’exil en Suisse.

Je passe mon enfance en Normandie où j’ai la chance de voir tous les jours la Seine et la cathédrale Notre Dame qui va inspirer bientôt le peintre Claude Monet.

Cathédrale Notre-Dame de Rouen, par Claude Monet
Cathédrale Notre-Dame de Rouen, par Claude Monet

 

 

  • Ecole militaire

 

A 16 ans, j’entre à l’école militaire. J’y apprends de 1849 à 1854 l’art de la guerre et la discipline. Mes supérieurs apprécient ma manière de diriger et j’obtiens des distinctions. Je suis soldat au 1er régiment. Après 3 ans, 6 mois et 27 jours au service de ma patrie, je suis engagé comme employé dans les chemins de fer français. L’intérêt militaire à cette époque pour la voie ferrée est stratégique et logistique. De nombreux accords entre l’Armée et les compagnies sont signés.

 

 

 

  • Mariage

Le 11 septembre 1855, Céline Jouffroy devient mon épouse. 2 ans plus tard, le 17 mars 1857 à Belleville ( Seine 75) voit le jour mon fils Paul Joseph Pia.

 

  • Musique

Le frère de mon épouse Céline, le musicien Félix Jouffroy, écrit une chansonnette, en 1858, sur mon texte comique intitulé « J’suis t’u content d’être Militaire ! » publié par E. Mathieu à Paris. Une année plus tard en 1859, une historiette voit le jour « On ne m’y prendra pas ». également sur une mis en chanson par Félix Jouffroy, cette fois publiée par Beaupré à Paris.

Félix François Jouffroy est un compositeur français. On lui doit les musiques de près de deux cents chansons de la fin du XIXe siècle. Ont collaboration avec lui en temps que paroliers, notamment Charles Blondelet, Félix Baumaine, Eugène Baillet, Georges Lafosse et Alexis Bouvier. Mon beau-frère compose également des polkas, des mazurkas, des quadrilles et des musiques de scène.

 

  • Mon chemin de fer

Du côté professionnel, je gravis assez vite les échelons du métier et deviens chef du bureau à la 4ème Inspection Principale à Périgueux. Mon travail consiste à contrôler les chemins de fer et à surveiller l’exploitation commerciale ainsi que les opérations financières des compagnies concessionnaires. Son origine remonte à la concession faite en juillet 1838 à Casimir Leconte de la ligne Paris-Orléans pour une durée de 70 ans.
Je réponds aussi au numéro de matricule 2942 et je deviens sous-chef du Mouvement de la Compagnie d’Orléans.

La Compagnie d'Orléans
La Compagnie d’Orléans

C’est la plus ancienne des grandes compagnies. Certains diront plus tard que la Compagnie d’Oréans est  déjà florissante et que bientôt elle va entrer dans une ère de splendeur. Je dirige plusieurs milliers de kilomètres de foies ferrées à travers la France.
Mon père Paul meurt le 17 novembre 1864 à Périgueux.

 

  • La guerre

Le 19 juillet 1870, je fais partie des 1 800 000 Français mobilisés dans la Guerre franco-allemande.

Je fais partie du Comité d’Armement du cinquième arrondissement de Paris (Mairie du Panthéon) pour lequel je signe le 27 octobre 1870, cet avis pour éviter le désastre de l’invasion prussienne. Je m’occupe des enrôlements pour les bataillons volontaires de la garde nationale.  La Nation est en danger !  C’est l’heure des mâles résolutions et des généreux sacrifices. Il faut créer l’Armée de la Délivrance.

 

Affiche du Comité d'Armement du Cinquième Arrondissement (Panthéon) de Paris / 27 octobre 1870
Affiche du Comité d’Armement du Cinquième Arrondissement (Panthéon) de Paris / 27 octobre 1870

 

Cette guerre va durer jusqu’au 28 janvier 1871. Elle va coûter la vie à 190 000 soldats dont 131 000 Français. Nos troupes sont défaites à Sedan le 2 septembre 1870.

 

Soldats français pendant la guerre de 1870
Soldats français pendant la guerre de 1870

Napoléon III est fait prisonnier et abdique. Je résiste avec mes soldats au siège de Paris par les Prussiens du 17 septembre 1870 au 26 janvier 1871. Deux jours plus tard c’est la fin de la guerre. Je ressors de cette épreuve contre la Prusse vivant et libre. Le 12 février 1871, je suis décoré de la médaille militaire comme Capitaine au 119ème Bataillon de marche de la Garde Nationale de la Seine (No 72398).

La guerre franco-prussienne de 1870
La guerre franco-prussienne de 1870

 

  • La Commune de Paris

Un gouvernement provisoire est mis en place. Certains veulent continuer la guerre comme Gambetta et d’autres comme Adolphe Thiers veulent la paix. Je choisis mon camp comme les habitants de Paris qui ont vécu la famine et résisté aux attaques prussiennes : celui de Gambetta qui veut combattre.

Léon Gambetta
Léon Gambetta

 

Les Parisiens, principalement des ouvriers, résistent et s’opposent à Thiers. Ce dernier veut récupérer les canons entreposés sur la colline Montmartre. Deux généraux sont tués. Les révolutionnaires sont appelés les Communards.
Paris est ébullition, chacun dans son quartier est inquiet, ne sachant pas ce qui se passe à l’intérieur, on est encore sous l’impression de souffrances physiques et morales qu’on vient de supporter pendant la guerre, et on se sent déjà retombé dans un malheur plus terrible encore, la guerre entre les Français. Le bataillon du 5ème arrondissement est sous les armes. Les officiers ne savent pas encore ce qu’il veulent faire, ils hésitent sur le parti à prendre. Personne n’ose se prononcer. Certains disparaissent comme le commandant du 119ème bataillon de la garde nationale, M. Marie, répétiteur à l’Ecole Polytechnique. Il était âgé, sans énergie et sans capacité militaire. Il doit sa nomination à ses principes républicains. Il a fui et je prends sa place à la tête du bataillon avec grande énergie. J’ai choisi mon camp et je suis fier de l’être.

J’ai 40 ans. Le 21 avril 1871, la Commission exécutive de la Commune de Paris, composée de Gustave Tridon, Auguste Vermorel, Charles Delescluze, Augustin Avrial, Edouard Vaillant, Frédéric Courbet et Félix Pyat, me charge de la surveillance des chemins de fer.

Je suis remplacé à la tête du 119ème bataillon par Joseph Charlemont, champion de boxe et hardi combattant de la Commune de Paris.

Joseph Pierre Charlemont ( 1839-1929?), Communard, maître d'armes et entraîneur de boxe française.
Joseph Pierre Charlemont ( 1839-1929), Communard, maître d’armes et entraîneur de boxe française.

Toutes les compagnies sont désormais tenues de me communiquer à ma première réquisition, tous les livres et les documents que je jugerai importants pour consultation.

On me prend pour un assoiffé du pouvoir, voire un dictateur improvisé qui “circularise” à tour de bras les chemins de fer. Je dois réapprovisionner Paris et j’ordonne que la vente des pommes de terre se fasse par les chefs de gare, entrepositaires des denrées.

Neuf organismes affamés se battent autour des pommes de terre :

  1. L’assitance publique.
  2. La Garde Nationale.
  3. Le Commissaire de Police A. Diancourt.
  4. Le Ministère de l’Agriculture.
  5. Les membres de la Commune.
  6. Le Commissaire de Surveillance, Administration des Gares du Nord.
  7. Le Chef du 79ème bataillon de la Garde Nationale.
  8. Le Chef du Bureau aux subsistances.
  9. M. Jules Ferry, lui-même.

 

 

Un mois plus tard, le 21 mai débute la semaine sanglante où la Commune est renversée.

 

 

  • L’exil en Suisse

  • Lausanne et Genève

Après massacres et destructions, la répression est très dure : condamnations à mort et déportations. L’exil ou la mort ? Je fuis la France d’abord vers la Belgique et je rejoins la Suisse, comme des centaines  de mes compatriotes. Je trouve le refuge à Genève qui n’aime pas trop les Communards, comme Lausanne d’ailleurs. Je n’ai pas de peine à trouver de l’emploi puisqu’on m’engage dans un domaine que je connais bien, les trains. Je deviens chef du bureau des réclamations de la compagnie des Chemins de fer de la Suisse Occidentale.

Train de la Société des Chemins de Fer de la Suisse Occidentale entre Lausanne et Renens, vers 1856
Train de la Société des Chemins de Fer de la Suisse Occidentale entre Lausanne et Renens, en 1856.

 

 

Celle-ci est depuis son origine un terrain d’affrontement de financiers français, notamment les Rothschild et les Pereire. J’ai déjà négocié avec ces deux puissantes familles lors de mon travail à la Compagnie d’Orléans.

La compagnie ferroviaire de la Suisse Occidentale signe un contrat avec MM. Laurent, Bergeron et Cie, qui prennent des mesures de rationalisation en vue de diminuer les frais. Ils exploitent les lignes de Lausanne-Fribourg et de Lausanne-Neuchâtel.

Sur la recommandation de l’ingénieur Charles Victor Beslay, personnalité de la Commune de Paris dont il est le doyen, je suis chargé de la liquidation de l’entreprise Laurent et Bergeron, directeurs des lignes de la Suisse occidentale.

Charles Beslay (1795-1878)
L’ingénieur Charles Beslay (1795-1878)

Je commence par m’occuper d’une concession pour la construction et l’exploitation d’un chemin de fer pneumatique ou atmosphérique à Lausanne acquise en 1866 par Charles Bergeron.
Je fais venir pour m’aider pour cette importante besogne, un certain nombre de mes amis proscrits.
Laurent est un bon Vaudois, bien pensant et probe; Charles Bergeron, ancien fouriériste, répand un coeur d’or et croit à la félicité dans la formation de groupes vivant en communautés, les phalanstères.. Il est comme moi aussi ingénieur. Etant appelé par ses fonctions à parcourir toute l’Europe, il assure le liens entre tous les proscrits de Londres, de Bruxelles et nous autres de Suisse. Il nous renseigne également sur l’état d’esprit qui règne en France.

Je suis un grand gaillard solide, actif. On me trouve intelligent, brave aussi, car j’ai obtenu la médaille militaire pendant le siège de Paris par les Prussiens. Mon épouse Céline Pia est bien plus petite que moi. Elle dirige le restaurant de toute cette belle équipe de proscrits. On la surnomme la Pétroleuse. Ce qualificatif est donné aux femmes accusées d’avoir employé du pétrole pour allumer des incendies, en 1871, lors de l’écrasement de la Commune de Paris.
En réalité, elle n’est pas une incendiaire, mais elle a seulement tiré sur les troupes versaillaises en tant que Communarde.
De nombreux compatriotes passent par mes bureaux de Lausanne pendant les dix-huit mois qu’a duré la liquidation Laurent & Bergeron. Quelques-uns ne sont pas les premiers venus par exemple Olivier, un Vendéen républicain, spirituel, instruit et travailleur, qui a grandement contribué à la vulgarisation de l’anthracite. Cela m’intéresse puisque son extraction dans les mines a rendu possible la révolution industrielle. Je vais d’ailleurs m’occuper bientôt d’une grande exploitation minière en Valais.
Mécontent des Suisses, qui n’en finissent pas, c’est Charles Bergeron qui a l’heureuse idée de mettre à profit les aptitudes et surtout les loisirs des réfugiés français, pour accélérer la liquidation.

Charles Bergeron est le fils de Claude Bergeron, fermier à Monthieux, puis propriétaire et Jeanne-Marie Rivoire. Résidant à Trévoux (Ain) en 1828, il entre à l’Ecole Polytechnique. Sa fiche signalétique le présente de la manière suivante : « Cheveux blonds, front découvert, nez droit, yeux bleus, bouche moyenne, menton rond, visage plein, taille 1m89. Il est reçu ingénieur (Corps A) en 1830 et intègre l’Ecole d’artillerie de Metz, mais il démissionne pour se consacrer à des activités industrielles civiles.
Marié en premières noces à Emma Haden, fille d’une famille de notables britanniques, décédée subitement en juillet 1858 à Paris. Beau-frère de Seymour Haden, lui-même beau-frère du peintre James Whistler.

Portrait de Mme Anna Matilda Mc Neill, mère de Whistler
Portrait de Mme Anna Matilda Mc Neill, mère de Whistler

 

Bergeron épouse l’année suivante, la jeune Anna Josina Marsh, fille de George Marsh, négociant en vin britannique devenu en 1849, premier commissaire civil et « resident magistrate » de Mossel Bay (Cap de Bonne Espérance, Afrique du Sud).

George Marsh, Marchand de vin, Cape of Good Hope, Afrique du Sud (1791?-1868)
George Marsh, Marchand de vin, Cape of Good Hope, Afrique du Sud
(1791?-1868)

 

Voilà comment Bergeron se retrouve souvent en voyage à travers l’Europe, mais aussi en Afrique. Ses compétences d’ingénieur sont indéniables, reconnues et expliquent cette carrière, mais ses liens familiaux avec l’Angleterre, son parcours intellectuel et politique ne sont sans doute pas étrangers à ses orientations professionnelles.
Charles Bergeron me donne donc carte blanche pour le recrutement de mon personnel, si bien qu’une douzaine de communards ont pu être occupés concurremment avec autant de Vaudois. C’est pour toutes ces personnes la vie assurée pendant un an. Plusieurs d’entre nous habitaient la Croix d’Ouchy. Ce qu’on appelle la Rasude est une bicoque chancelante et provisoire sur la route de Lausanne à Ouchy, centralisant les bureaux, les magasins et les dépôts de la Compagnie.

Vue sur le haut de l'avenue d'Ouchy avec les voies de garage de la gare CFF. Mots-clés principaux :Lausanne avenue d'Ouchy Rasude, vers 189
Vue sur le haut de l’avenue d’Ouchy avec les voies de garage de la gare des trains de Lausanne, Avenue d’Ouchy et la Rasude, vers 1897 / photographie anonyme / Musée Historique Lausanne

 

La besogne est assez compliquée. Il s’agit de tirer au clair les réclamations plus ou moins justifiées des expéditeurs dont les colis ont été égarés. les marchandises détériorées, même consumées dans l’incendie des docks de la Villette, où l’investissement de Paris les avait bloquées. Que de recherches, de litiges, de dossiers à constituer, à compléter, à étudier. Grâce à mon expérience, j’initie tout un monde de comptables au contentieux administratif et tout va pour le mieux dans cette direction que l’on trouve excellente. André Slom, en pension chez le pasteur Besançon, dessine pour la Suisse illustrée.
D’autres membres de la Commune comme Adolphe Clémence, rejoint mon équipe de Lausanne. Ouvrier relieur, mais très instruit, il a, sous l’empire, écrit un livre remarquable d’érudition : les Expositions de l’industrie de 1798 à 1862, et il a été délégué des ouvriers relieurs à l’Exposition universelle de 1867.
Sous la Commune, il a fait partie de la commission chargée de surveiller la destination des objets d’art trouvés chez M. Thiers. C’est lui qui en prit l’initiative en ces termes : « La collection Thiers se compose de richesses bibliographiques pour la conservation desquelles je demande qu’on nomme une commission ».
Clémence est encore à Lausanne un des principaux employés de l’Union du Crédit, grand établissement financier. Inutile de dire qu’il jouit dans le pays de l’estime de tous, a dit M. Delisle. Lefrançais fait aussi partie du mon bureau.

Adolphe Gustave Lefrançois dit Gustave Lefrançais, (1826-1901)
Adolphe Gustave Lefrançois dit Gustave Lefrançais, (1826-1901)

Au mois de mai 1873, la liquidation du chemin de fer de la Suisse Occidentale se termine. Tout mon personnel se disperse. Lefrançais, Montels, Teulière, Delorme, retournent avec moi à Genève.
Charles Bergeron s’implique dans le projet de tunnel ferroviaire sous-marin reliant la France à l’Angleterre. Il fourmille d’idées et est considéré comme l’un des auteurs du projet du tunnel sous la Manche.

Nous ne sommes ici en Suisse que des réfugiés tolérés. On nous délivre des permis de séjour renouvelables tous les 6 mois. Je vais m’y établir en tant que marchand de tableaux.
Au No 28 de la Place de l’Entrepôt à Genève, près de la rue du Mont-Blanc, je propose aux artistes des fournitures et j’en profite faire des expositions de peinture dans mon magasin comme dit Gustave Courbet.

De 1863 à 1871 trafic, presque stationnaire, ne réclame aucun agrandissement. En 1866, cependant, M. Bergeron, qui avait pris à forfait avec M. Laurent l’exploitation de l’Ouest-Suisse, demande la concession, qui lui est refusée d’ailleurs, d’un chemin de fer pneumatique entre la gare centrale et la place St-François.

Peintures et objets d’art. Paul Pia, Place Chantepoulet. Verse 20 francs inondés du Midi.

Je retrouve plusieurs centaines de Communards à Genève, comme Cluseret et bien entendu Gustave Courbet pour qui j’organise une fête en son honneur le vendredi 27 février 1874. L’Etat Français nous épie. La preuve, ces trois rapports de l’espion Verrière  :

4 mars 1874

Un banquet a été donné vendredi dernier au restaurant de l’Hôtel de la Poste par Paul Pia à Courbet et à quelques proscrits. C’est à La Tour-de-Peilz, tout près de Vevey, que le peintre Courbet s’est définitivement installé.

 

30 mars 1874

Le Peintre Courbet, qui est venu se fixer à Genève depuis quelque temps, a loué un magasin à l’intersection de la Rue Chantepoulet et de la Rue du Cendrier et y a exposé et mis en vente des tableaux. L’exposition de Courbet laisse les Genevois assez indifférents.

 

4 septembre 1874

Cluseret va souvent chez Pia.

 

 

L’admirable peintre de la Remise de Chevreuils me signale dans une lettre datée du 26 mars 1874 qu’il sera présent à Genève ce dimanche 29 mars 1874 avec la Chorale de Vevey. Dans le Temple de St-Pierre sera exécutée une grande solennité musicale. Il s’agit de la cantate “Grandson” oeuvre patriotique de M. Plumhof de Vevey et Oyex-Delafontaine. Cette composition musicale sera interprétée par 400 chanteurs de la Suisse Romande et un orchestre de 80 artistes.Des sociétés des cantons de Vaud, Neuchâtel, Fribourg et Valais y prendront part à cette fête.

 

 

Des oeuvres du maître d’Ornans comme La Caverne des Géants de Saillon, le Veau suisse, les Truites, la Petite cascade d’Hauteville ou la Maladaire sur le Lac Léman, les Rochers de Clarens y sont montrées au public genevois.

La Caverne des Géants de Saillon (Valais) 1873 Gustave Courbet / Musée de Picardie d'Amiens
La Caverne des Géants de Saillon (Valais) 1873 Gustave Courbet / Musée de Picardie d’Amiens

J’aimerais les vendre à mes conditions, mais Gustave Courbet me remet vite à l’ordre et me demande de tenir compte de son avis. Nous avons un certain différent, mais tout se remet en ordre. J’ai dit à Courbet que s’il me donne des tableaux à vendre, je le servirai. J’expose aussi d’autres peintres. Je mettrai ma femme Céline dans le petit magasin que je louerai pour l’occuper de son côté. Pendant ce temps, je m’occuperai du mien.

Gustave Courbet craint que le gouvernement français lui saisisse ses toiles. Je lui propose une vente simulée. Courbet pense que cette vente éveillera la susceptibilité du public et c’est ce qui malheureusement arrivera plus tard. Courbet ne veut pas que j’expose à foison ses tableaux dans ma vitrine, car ils vont se déprécier. Il est vrai que cela fait plus mes affaires que les siennes.
Au mois de juin 1874, Courbet est enfin d’accord avec ma proposition de vente. Il me demande de supprimer toutes traces d’existence de ses oeuvres. Leurs titres doivent être effacés. Tout le monde doit croire que je les lui ai rendus. Par d’habiles écritures, je peux effacer toutes traces de documents sans que l’on ne s’aperçoive.
Une rumeur de faux Courbet se répand en force. Ceci est la conséquence d’un article dans la République Française. Je dois éteindre l’incendie.
Je contacte le rédacteur et je lui déclare que mon magasin n’a rien à voir avec l’officine de faux Courbet dont parle le journal.
Mon magasin n’a rien de commun avec l’officine de faux Courbet dont vous parlez. Pour appuyer ma démarche, Courbet rajoute qu’il n’y a pas que de faux Courbet à Genève, mais aussi de faux Corot, de faux Daubigny, de faux Rousseau, voire même de faux Renault et de faux Calame. Je joue maintenant rôle de pompier de service. Il faut éteindre l’incendie des faux Courbet.

 

 

  • A Grône en Valais

Charles Bergeron me propose de fonder avec lui une association qui doit nous permettre de gagner beaucoup d’argent. Il vient d’acquérir une nouvelle propriété à Charpigny dans le Canton de Vaud et malgré ses déboires financiers, celle-ci est complétée par l’achat à crédit de  tous les établissements de l’ancienne fonderie d’Ardon, haut fourneau de fer, mines de fer, d’anthracite, dans le Valais. A Ardon, les bâtiments disponibles tombent en ruine, car inhabités depuis cinq ans. En qualité d’ingénieur, je suis partant pour cette nouvelle aventure dans ce pays de cocagne qu’est le Valais.

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Mineurs de Grône en Valais

 

La concession des mines de Grône a été transférée le 10 juin 1865, à Messieurs Brun-Legros-Sioux et Charles Bergeron, agissant pour la Compagnie de charbonnages et haut fourneaux, siège social aux Forges d’Ardon en Valais. La construction de la ligne de chemin de fer de la Ligne d’Italie et l’invention de la dynamite par Alfred Nobel donnent un vif intérêt à la recherche des minerais. Les besoins en charbon suscitent l’exploration des gisements carbonifères. Le territoire de Grône attire des chasseurs de trésors souterrains et j’en suis fier d’en faire partie.

Le 25 mai 1874, mon associé Charles Bergeron informe, de Paris, le Conseiller d’Etat Chapes, chef du Département des Ponts et chaussées et des Mines, qu’il me donne les pleins pouvoirs, à moi Paul Pia, de Rouen, domicilié à Genève, pour le représenter et agir en son nom, pour prendre toutes les mesures pour ouvrir la galerie des mines d’anthracite de Grône et d’exploiter cette mine d’une manière réelle.

 

L’avocat libéral-radical Jules Ducrey me loge pendant un certain temps à Sion. C’est un jeune juriste de mérite, un avocat de confiance, en même temps qu’un fort galant homme, modéré en politique, bon catholique et pratiquant. Plus tard, il sera nommé pendant 12 ans, Conseiller d’Etat du Canton du Valais. Je gère donc chez lui à Sion, au nom de l’entreprise Bergeron, les mines de Grône en attendant de me trouver une maison proche de celles-ci. L’anthracite n’est pas seulement utilisé pour les besoins du chauffage domestique et des fours à chaux, mais aussi pour le chauffage des bateaux naviguant sur le lac Léman.

Jules Ducrey (1846-1905), Conseiller d'Etat du Canton du Valais de 1893 à 1905, Photographie Pricam Genève, La Patrie Suisse 1905
Jules Ducrey (1846-1905), Conseiller d’Etat du Canton du Valais de 1893 à 1905, Photographie Pricam Genève, La Patrie Suisse 03/05/1905

 

Jules Ducrey et le Comité Central de la Fédération des Sociétés de Secours Mutuels de la Suisse Romande.
Jules Ducrey et le Comité Central de la Fédération des Sociétés de Secours Mutuels de la Suisse Romande. (1899)

Le 30 mai 1874, j’informe à mon tour le Chef du Département que les travaux préliminaires de la mine de Grône reprennent aujourd’hui et qu’une exploitation sérieuse suivra immédiatement l’achèvement des travaux. J’espère être en mesure de commencer les premières expéditions d’anthracite la seconde quinzaine de juin 1874.

 

 

Dans la nuit du vendredi juin au samedi  juin 1874, un incendie d’une gravité peu ordinaire a éclaté dans des dépôts d’une menuiserie à Genève dans le quartier de Plainpalais. Plusieurs maisons habitées par soixante familles ont été réduites en cendres. Plus de 130 ouvriers vont se retrouver sans travail. Désireux de venir en aide dans la mesure de mes forces aux victimes de ce sinistre, j’ai l’honneur de mettre à disposition de la commission des incendiés un des tableaux de ma galerie, le Château de Chillon, peint par Marcel Ordinaire, élève de Gustave Courbet. Je ne sais si je me trompe, mais je crois qu’en faisant un appel aux commerçants de Genève, on obtiendra très vite et très facilement les éléments nécessaires pour faire une belle vente au profit des malheureux que le feu a placé dans une situation si fâcheuse et si digne de l’intérêt de tous.

 

Le 23 septembre 1874, j’écris à Jules Castagnary. Je lui donne les dernières nouvelles de Courbet. Dans une tournée d’anthracites, je trouve Courbet à La Chaux-de-Fonds. Courbet m’accompagne à Neuchâtel où je reçois un avis d’Henri Rochefort s’est présenté chez moi et désire revoir Courbet. Je communique ces informations à Courbet. Rochefort doit se sentir bien seul. L’homme aux vingt duels et trente procès vient d’arriver à Genève le 13 septembre après son évasion spectaculaire du bagne de Nouméa en Nouvelle-Calédonie. Courbet ne rentre pas à La Tour-de-Peilz, mais met le cap immédiatement sur Genève où il rencontre Rochefort.

Jules-Antoine Castagnary (1830-1888)
Jules-Antoine Castagnary (1830-1888)

Le jeudi 24 septembre, Henri Rochefort, sa fille, Edouard Lockroy, Mme Charles Hugo et moi sommes à Bon-Port chez Courbet à la Tour-de-Peilz. C’est là que Courbet réalise le portrait de l’écrivain et homme politique français. Cette toile ne va pas du tout plaire au célèbre polémiste. Il  va même jusqu’à la refuser, car il trouve que son effigie est insane. C’est surtout la couleur de sa peau qui le gêne profondément. Courbet me charge de l’exposer dans ma galerie de Genève. Invendu une année et demie plus tard, le portrait va m’être offert par Courbet le 17 mai 1876. Il restera dans ma famille encore très longtemps. C’est ma fille, bien des années après ma mort, qui le vendra à l’Etat Français à l’aube de la première guerre mondiale, en 1914. J’en profite pour demander à Castagnary si c’est le moment opportun pour lui envoyer mon “Soleil Couchant”. Les peintres Auguste Baud-Bovy et François Furet lui adressent aussi leur bon souvenir.

 

Henri Rochefort, par Gustave Courbet, Château de Versailles, Versailles, France
Henri Rochefort, par Gustave Courbet,
Château de Versailles, Versailles, France

Je vais  rencontrer mon ami Rochefort à d’autres reprises près de Genève. Nous sommes à la table d’une auberge ayant vue sur le lac Léman lorsque je vois qu’un gendarme nous regarde attentivement. Il traverse entre Hermance et Ferney et va rejoindre son poste. Il n’a, selon l’usage international, ni son sabre ni sa carabine, le passage en armes sur le territoire helvétique étant interdit à tout soldat d’une nation étrangère.
Le gendarme, après nous avoir longtemps contemplés, se risque à s’approcher de nous et nous fait cette confidence :
Monsieur Rochefort, je viens vous prévenir de vous tenir sur vos gardes. Un curé savoisien a organisé contre vous un complot extraordinaire : il a appris que vous vous promeniez assez souvent le long du ruisseau et il a embauché une quinzaine de femmes catholiques auxquelles il a persuadé que le meilleur moyen pour elles de gagner le Paradis était de vous livrer aux autorités françaises.
-Mais, lui fait observer Rochefort, comment s’y prendront-ils, puisque je suis sur le territoire suisse ?
Voici : elles se feront passer pour des blanchisseuses venant laver leur linge dans le ruisseau. Elle engageront la conversation avec vous, passeront successivement sur la rive où vous serez et tout à coup se précipiteront toutes sur vous, après vous avoir jeté un drap sur la tête. Elles vous emporteront à quatre gendarmes dissimulés derrière les arbres. Je suis bien sûr de mes renseignements, puisque j’étais commandé pour être de la partie. J’ai eu l’air d’accepter, mais je m’étais promis de vous prévenir.

Henri Rochefort
Henri Rochefort

Rochefort remercie avec effusion ce précieux gendarme que nous invitons à trinquer avec nous. Il n’y avait qu’un prêtre pour combiner ce mauvais coup qui ait assimilé Rochefort à Orphie déchiré par les Bacchantes. Et Henri aurait été non seulement repris, mais ridicule. Bien que la Confédération suisse ait pu invoquer la violation de son territoire en vue d’une attentat comparable à la capture du duc d’Enghien, Mac-Mahon, qui avait bien d’autres violations à se reprocher, n’en aurait pas moins refusé de lâcher sa proie.
D’ailleurs, dévotes, prêtre et gendarmes n’auraient pas manqué d’affirmer qu’Henri Rochefort avait franchi de son plein gré la frontière. Peut-être auraient-ils ajouté que c’était en poursuivant ses obsessions libidineuses une de ces lavandières occasionnelles qu’il était tombé dans un groupe d’innocents Pandores qui passaient là par hasard…

 

Je trouve une demeure pour celle qui partage désormais ma nouvelle vie, Gabrielle. Je vais résider à Grône de 1875 à 1879, tout en gérant mon commerce de charbon à Genève. L’extraction marche si bien que la demande est si forte que mon directeur d’exploitation Olivier Lampert sollicite une autorisation de travailler le dimanche.

Publicité pour les mines d'anthracite de Grône de Paul Pia
Publicité pour les mines d’anthracites de Grône de Paul Pia

Mon commerce de tableaux est ouvert sur la Place Chantepoulet à Genève.  Là même où sont déposés des billets de loterie au bénéfice des victimes de la grêle qui a frappé la population en juillet 1875.

En juillet 1875, je deviens éditeur et j’ai le grand plaisir de publier les eaux-fortes de François Diday. Elles sont en vente au No 28, Place de l’Entrepôt à Genève. Cette nouvelle publication ne peut manquer d’attirer l’attention des amateurs et du monde artistique.

François Diday aux Editions Paul Pia à Genève.
François Diday aux Editions Paul Pia à Genève.
François Diday (1802-1877), chef de file de l'école alpestre
François Diday (1802-1877), chef de file de l’école alpestre à Genève

François Diday est né à Genève en 1802. Il est aujourd’hui âgé de 73 ans. Il est le chef de l’école de la peinture alpestre. Il a eu comme élève le brillant Alexandre Calame. Il s’éteindra deux mois avant Gustave Courbet, en 1877.

 

 

Effroyable tempête sur Genève

 

Dans la nuit du 6 au 7 juillet 1875, un orage d’une extrême violence a éclaté sur Genève. Pour donner une idée du prodigieux dégagement d’électricité qui l’a caractérisé, on a compté les éclairs qui se succédaient au nombre de dix, quinze, même vingt en dix secondes. Le ciel était littéralement en feu. On a pesé des grêlons qui pesaient jusqu’à un kilogramme. Dans la ville, les vitrages ont été cassés, même les tuiles et les persiennes.Les campagnes sur Cologny sont  dévastées. Les dégâts sont énormes. Un seul café en a pour 3000 francs. Au Musée Rath, vingt-deux toiles ont été abimées. Une vraie furie sur Genève. La grêle a provoqué des dégâts considérables. Je mets à disposition dans ma galerie de tableaux de la Place Chantepoulet à Genève,  des billets de loterie au bénéfice des victimes de cette effroyable tempête.

 

 

Place Chantepoulet, GenèvePlace Chantepoulet, Genève

 

 

Le filon Pia

 

Le 20 juin 1876, le curé de Grône Droz écrit au président Joseph Neurohr que l’évêque Mgr Jardinier autorise Mr Lampert pour ses ouvriers, dont 4 de Grône, de travailler à la mine d’anthracite les dimanches et jours de fête de 7 heures du soir à 4 heures du matin, à la condition que les ouvriers puissent assister à la messe. Je découvre entre 1875 et 1877, des filons très intéressants que l’on nomme «filon Pia». Tout ce charbon est envoyé aux Forges d’Ardon dont je suis aussi administrateur avec Charles Bergeron.

Le filon d'anthracite Pia
Le filon d’anthracite Pia

 

 

Je constate que dans la vallée du Rhône, ce sont nous, les étrangers qui, au début, ont en mains les bonnes affaires, tant industrielles que commerciales. Mon ami Charles Bergeron me confie la direction de l’exploitation de mines de Grône et m’alloue un bénéfice par tonne de minerai vendue. Cette participation aux bénéfices dans une affaire aussi sûre que celle de la vente du charbon, me sourit; Tout ceci entraîne bien entendu de nouveaux et nombreux débouchés.

Mines de Grône en Valais (1896 février)
Mines de Grône en Valais (1896 février)

 

Popularité

 

J’achète au docteur Joseph-Marie Bayard le 27 juin 1877 une fermière « rière Grône ». J’y deviens très populaire et on m’invite souvent aux réunions familières, à la maison de commune. Quelquefois je pérore, je mêle à mes discours de longues tirades latines qui font la joie du notaire et préfet Joseph Neurohr, romantique à ses heures.
J’offre souvent des grands repas de fête à mes ouvriers.

Texte de A.D. :

Il n’y laissait, dans le petit cimetière qui entoure l’église, que la dépouille de sa mère, dont l’acte de décès, qui figure dans les registres de l’état-civil de cette commune, porte, à la date du 16 janvier 1879 : Lehaëne, Adèle-Catherine, veuve de Pierre-Honoré Pyat, de Paris. »

A Grône, le souvenir de la famille Pyat vit encore parmi la génération qui s’en va.

En 1876, le Conseil communal de Grône, sous la présidence de Joseph Neurohr, estime que la mine d’anthracite ne paie pas assez d’impôt. Il réclame, un impôt supplémentaire de 45 fr. pour l’année 1875.
En 1877, Charles Bergeron, ami du peintre James Whistler, conseille Gustave Courbet pour la vente de deux tableaux « Le Veau » et « Des Pommes ». Ces oeuvres m’avaient été proposées pour 8000 francs par l’auteur de l’Enterrement à Ornans. Bergeron déclare que ce sera plus facile de les vendre à Londres sans les envoyer pour l’exposition de Philadelphie.

Le Veau Blanc, Gustave Courbet
Le Veau Blanc, Gustave Courbet

 

 

Mort de mon ami Courbet

 

Le 3 janvier 1878, j’assiste à l’enterrement de mon ami Gustave Courbet à La Tour de Peilz. L’auteur de l’Enterrement à Ornans s’est éteint le 31 décembre 1877. Une cirrhose du foie l’a terrassé. Lors de l’inhumation, je retrouve celui qui a veillé Courbet, le peintre et illustrateur André Slomszynski dit Slom. Il vient à peine de terminer le portrait sur son lit de mort de Courbet. Pour lui tenir la bouche fermée, le Dr Collin lui avait passé un foulard avec un noeud au sommet du crâne. Il y a aussi le Marseillais Alexandre Morel, l’homme à tout faire de Courbet. Son épouse, Marie Morel, la cuisinière de la maison, la sympathique Provençale à l’accent délicieux. Son père Régis Courbet, inconsolable. Une douleur terrible. Toute la famille de la Commune vient rendre un dernier hommage à Courbet  : Arthur Arnold, Razoua, Alavoine, Gambon, Clémence, Verneau, Avrial, Edgar Monteil, Roselli-Mollet, Legrandet, Kahn, Jonkowski, Guérin,…Tout le village est aussi présent. Ses amis de Fribourg, du Valais, de Genève, de Lausanne, de Neuchâtel et de La Chaux-de-Fonds sont dans une profonde tristesse.

 

Dénonciation

En 1879, le Département de justice et police du Valais invite le Conseil communal à donner, au Consulat de France, la liste des Français condamnés par contumace pour faits insurrectionnels.
De ce fait, je suis dénoncé pour les questions politiques de la Commune en 1870-1871.
Comme je travaille dans les mines d’anthracite et que je réside dans la commune depuis plus d’une année et que pendant ce laps de temps, aucune plainte concernant ma conduite n’est parvenue à la connaissance du Conseil, ce dernier décide de me délivrer un bon certificat, me recommandant à la protection des autorités françaises.
Muni de ce document, je quitte Grône et regagne Genève. Mes amis de Grône me regrettent déjà. Je leur laisse un souvenir qui va durer encore longtemps dans ce petit village valaisan.

 

Mon autre concession de Rèche, rachetée 2000 fr. en 1876 est reprise par Charles Bergeron en 1879.
Le 16 janvier 1879, ma mère Adèle Catherine Pia, veuve de Paul Honoré Pia, meurt. C’est dans le petit cimetière qui entoure l’église de Grône qu’elle sera enterrée.

L’aministie

Deux mois plus tard, à partir du 3 mars 1879, le tout nouveau président de la République Française Jules Grévy m’amnistie. J’ai le droite de retourner en France et à la réintégration.
En Valais, on accueille la nouvelle avec un vif plaisir. On écrit même à mon sujet dans les gazettes qu’ils sont heureux de voir à nouveau les portes de la France rouvertes à un homme d’un caractère apprécié. On désire que je puisse continuer à vivre en Valais où j’y entretiens des relations agréables où chacun apprécie l’urbanité des mes manières, de mes connaissances utiles et mes autres qualités. Merci Peuple du Valais, mais l’appel du pays est trop fort !
Après mon départ, Bergeron fait exploiter en mon nom et en sous-traitance les deux concessions de 1879 à 1887. C’est Ad. Crescentino qui continue l’exploitation. Celle-ci occupe 6 ouvriers en majorité d’origine italienne, domiciliés à Grône. En 1888, Charles Bergeron, par son représentant l’avocat Ducrey de Sion, cède toutes ces concessions pour des arriérés d’impôts des mines non payés à l’Etat du Valais.

 

 

  • Retour en France

 

 

Je réintègre les Chemins de fer de l’Etat et le 1 mai 1880, je deviens sous-chef de bureau de 3ème classe. Tout va s’accélérer. On m’appelle de partout. On a besoin de mon expérience et de mes services.
Le 1 juillet 1880, je suis nommé Inspecteur de 1ère classe chargé du service de la Division Commerciale.

 

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Scandaleuse calomnie

 

Le 17 juillet 1880, le Président de la République Française Jules Grévy me raye  du contrôle de la médaille militaire et je suis privé le même jour de porter toute décoration, médaille française ou étrangère. Je suis reconnu coupable de faits portant atteinte à l’honneur, par un décret sur une proposition du grand chancelier de l’ordre national de la Légion d’honneur et contresigné par le garde des sceaux, ministre de la justice, par application des décrets disciplinaires des 14 avril et 9 mai 1874.

Les faits reprochés seront développés ci-après.

Le 1 août 1880, je deviens d’Inspecteur principal, chef de la 2ème Division.

Dans l’édition du Gaulois du 22 octobre 1880, un journal littéraire et politique, on écrit ces lignes incendiaires à mon sujet. On pense qu’il est une réintégration qui n’est pas moins scandaleuse, c’est la mienne. On écrit qu’il ne faut pas me confondre avec Félix Pyat.

Félix Aimé Pyat (1810-1889) orateur hors-pair, journaliste, auteur dramatique et homme politique français, personnalité de la Commune de Paris
Félix Aimé Pyat (1810-1889) orateur hors-pair, journaliste, auteur dramatique et homme politique français, personnalité de la Commune de Paris

Des polémiques s’enchaînent, car je viens d’être nommé inspecteur général des chemins de fer de l’Etat, chargé du service commercial.
On relate que j’étais directeur des chemins de fer au ministère des travaux publics, sous le règne de Raoul Rigault le Bien-Aimé. C’est dans l’exercice de mes fonctions pendant la Commune que l’on m’accuse d’avoir pris, aux compagnies de chemins de fer, une somme de peu de deux millions, à titre de perception d’impôts, lesquels ont déjà été versés dans les caisses du Trésor et que je n’ai jamais remboursés.
La Compagnie de l’Ouest ayant refusé de payer la part que m’assigne mon caprice. On a conduit, pour m’y contraindre, deux de mes principaux agents à mayas, où ils ont bien failli avoir le sort des otages.
Le journal me calomnie puisque l’on annonce que c’est encore moi qui vais inspecter la Compagnie de l’Ouest, bien que depuis dix ans je n’aie guère eu l’occasion de me perfectionner, à l’île des Pins, dans la science de l’exploitation des chemins de fer. La critique rajoute finalement qu’on a bien raison de dire que tout arrive.

 

 

Réintégration

 

A travers vents et marées, je poursuis avec persévérance mon travail et une année plus tard, le 1 août 1881, je suis nommé Inspecteur principal adjoint au Chef de l’Exploitation.

En 1883, alors que je réside à Tours depuis le 1 mai 1883, je suis détaché en mission spéciale à Orléans, au No 44 Boulevard Alexandre Martin (Loiret).
Le 3 janvier 1884, je suis réintégré par le Grand Chancelier de la Légion d’Honneur L. Faidherbe, sur les contrôles de la Médaille militaire à partir du 3 mai 1879.
En février 1884, je suis nommé Chef du Mouvement des Chemins de fer de l’Etat.

 

Divorce et Remariage

Le 19 octobre 1885, après de trente années de vie commune, ma femme Céline et moi sommes amenés à nous séparer. Devant témoins, nous divorçons.

J’épouse deux semaine plus tard Gabrielle Delphine Soulié, fille de Jean et de Marguerite Soulié, née Cruzel. le 1 novembre 1885. J’ai cinquante-quatre ans, elle en a douze de moins que moi. Elle est belle. Nous nous aimons. Je revis.

 

  1. SOULIE Gabrielle Delphine, fille de Jean et de CRUZEL Marguerite, ° 24/01/1843 Montauban, 82000, x 05/12/1885 PIA Paul Paris 13°, 75013 

 

Enterrements

Le 27 décembre 1886, j’assiste avec Gabrielle au cimetière Montparnasse à Paris à l’enterrement civil de Madame Arthur Arnould, compagne dévouée de mon malheureux ami, l’écrivain, journaliste et membre de la Commune Arthur Arnould. J’y retrouve Avrial et Clémence, membres de la Commune comme Henri Rochefort, Hugonnet, Ch. Fremine, Louis Lucipia, Jules Levallis, Albert Cim, le Docteur Robinet, Alphonse Humbert, des camarades de la proscription de Genève, André Alavoine, Jacques, Dufau, Henri Gaston, F. Privé, le Grandais etc.

rthur Arnould, né le 17 avril 1833 à Dieuze (Meurthe) et mort le 26 novembre 1895 à Paris, est un ancien employé de l’Assistance publique, écrivain et journaliste libertaire français. Il participe activement à la Commune de Paris et est un membre actif de la Première Internationale
Arthur Arnould, né le 17 avril 1833 à Dieuze (Meurthe) et mort le 26 novembre 1895 à Paris, est un ancien employé de l’Assistance publique, écrivain et journaliste libertaire français. Il participe activement à la Commune de Paris et est un membre actif de la Première Internationale.

 

Trois ans plus tard, on enterre, le 7 février 1889, un des mes plus fidèles amis, l’ouvrier relieur et ancien membre de la Commune,  Adolphe Clémence. Je retrouve au cimetière de Bagneux au sud de Paris, Elie Reclus, Camélinat, V.Jaclard, Leseure, Marguerittes, G. Feltesse, Dereure, Bayeux-Dumesril, Campy, Slom et Lefrançais.

C’est ce dernier qui retrace d’une voix émue la vie de Clémence.

Il n’a droit, comme la plupart de ses collègues, qu’à cette simple mention : Il remplit son mandat avec conscience et fidélité et ne trahit point les 8000 électeurs qui dans le quatrième arrondissement, le lui avait confiée. C’est quelque chose, sans doute, par le temps de cynisme et de trahisons effrontées que nous traversons depuis tant d’années.

Paris

 

Durant l’année 1887, je vis à Paris au No 138 du Boulevard d’Enfer (Seine).

 

 

Visite du ministre Develle

 

 

 

Le 8 juin 1890 à 08 heures 50, je reçois, en temps que chef du Mouvement et Administration des Chemins de fer de l’Etat, dans la gare de La Roche-sur-Yon, superbement pavoisée pour l’occasion, le Ministre de l’Agriculture et bientôt Ministre des affaires étrangères, M. Jules Develle.

Accompagné de M. du Mesnil, chef du secrétariat et de M. Tisserant, directeur de l’Agriculture, le Ministre se rend au concours régional de l’agriculture. M. Loiseau, premier président de la Cour de Poitiers, les membres de la Cour, le général Lanes, commandant de la 42ème brigade, les officiers,  le général Delorme, tous les préfets sont venus le saluer. En cortège, tous se rendent à la Préfecture où ont lieu les réceptions officielles pendant que la musique municipale joue la Marseillaise.

Après le déjeuner, Monsieur le Ministre récompense et félicite les agriculteurs et éleveurs vendéens.

 

Jules Develle, Ministre des affaires étrangères
Jules Develle, Ministre des affaires étrangères

 

Légion d’honneur

 

Le 13 juillet 1892, je suis Chevalier de la Légion d’Honneur. et je vis désormais à Paris au No 136 du Boulevard Raspail.

Paul Pia, Chevalier de la Légion d'Honneur (1892)
Paul Pia, Chevalier de la Légion d’Honneur (1892)

 

 

 

 

Survivants de la Commune : La chasse aux sorcières continue.

 

Dans le journal Le Matin du 30 mai 1893, on donne des nouvelles des morts et des vivants de la Commune dont je fais fort heureusement encore partie.

…Des principaux fonctionnaires de la Commune, plusieurs font dans la diplomatie : Barrière, ministre plénipotentiaire, A. Pinard, Hugonnnet, Pollio, consuls, Clément, Thomas, Caille, Desesquelle, gouveneurs ou résidents. A.Regnard, directeur des services administratifs au ministère de l’intérieur. Vient finalement mon tour, Paul Pia, chef de la traction aux chemins de fer de l’Etat.

 

 

Retraite et fin de vie

Le 13 juin 1896, je prends ma retraite à La Brei dans la Commune de Saint-George sur l’Île d’Oléron dans Département de Charente Inférieure.

Gare de la Brée, Oléron
Gare de la Brée, Oléron

Dans l’après-midi du 16 février 1897, je m’endors pour toujours après soixante-six ans de vie terrestre. Quelle vue magnifique pour partir à jamais !

 

Plage de la Brée, Oléron
Plage de la Brée, Oléron

Je n’emporte avec moi que les bons souvenirs d’une vie riche remplie de découvertes et de rencontres extraordinaires. C’est mon fils Paul Honoré Pia qui s’occupe de mon décès. Je ne pensais pas qu’un jour on se souvienne de moi en écrivant ces lignes.

Mais ce n’est pas fini…

 

Descendance

Le 24 mai 1897, ma seconde épouse Gabrielle Pia fait une demande auprès du Ministre des Finances après mon décès de pour l’ouverture d’un bureau de tabac. Elle s’adresse au Grand Chancelier de la Légion d’Honneur pour obtenir deux documents sur la Médaille Militaire et la Légion d’Honneur. Elle vit  au 38bis de l’Avenue de la République à Paris.

 

Mon fils Paul tient de 1895 à 1906 un hôtel dans le Finistère, à Morgat en Crozon, l’hôtel Pia.

24/08/1898

Petites régates de Morgat : le succès !

Les petites régates de Morgat ont eu lieu vendredi. Le succès de la journée a été aussi complet qu’on pouvait l’espérer.
A une heure précise, sur la terrasse du Grand Hôtel Pia, a eu lieu l’exposition des petits bateaux modèles qui devaient prendre part aux épreuves.
Le jury était présidé par M. Follet et composé de MM. Plaçon, adjoint au maire de Crozon; Bazin, garde-maritime, maître en retraite; Provost, maître en retraite ; Daniel, directeur de l’école de Keroriou de Brest, et Kerisit, pêcheur.
Les opérations du jury terminées à deux heures, aussitôt les petites régates ont commencé.
Voici les résultats complets de la journée :

 

 

Fête de Noël au Grand Hôtel de Morgat pour les enfants pauvres.

Arbre de Noël. — On nous écrit : Le soir du 25 décembre nous avons assisté, au Grand-Hôtel de Morgat, à une soirée d’arbre de Noël offerte par M. et Mme Pia aux enfants des pêcheurs de la côte, soirée délicieuse et complète s’il en fut, avec un programme parfaitement organisé, concert, monologues, comédie, chœurs, prestidigitation, lanterne magique, rien n’a manqué pour divertir et amuser les invités, grands et petits.
Une véritable scène avait été installée au bout de la grande salle, où le magnifique tableau que Maxime Maufras a brossé cet été, Les Dunes, faisait un fond en harmonie réelle avec le milieu où nous nous trouvions.
Dès 6 heures, les invités, reçus avec la gracieuse courtoisie qui distingue les aimables hôtes de céans, prenaient place dans la salle brillamment décorée et illuminée. Comme les yeux s’arrondissaient pour tout voir, comme les oreilles se dressaient pour tout entendre !
Des amateurs brestois avaient bien voulu prêter leur concours à cette œuvre de bienfaisance populaire.

Faut-il citer Charles Floch, le sympathique baryton ; [Salaün], le célèbre pianiste de « Colonne » ; Bott, qui n’avait eu garde d’oublier son excellent ami Tobye, le Docteur du diable, puis à cette phalange d’anciens toute une joyeuse troupe de jeunes débutantes, aux cheveux blonds, aux joues roses, aux toilettes claires, prêtait l’appui d’une ardeur nouvelle, d’un parfum de jeunesse tout charmant de grâce et de gentillesse. Aussitôt le concert terminé, une toile de fond s’est levée et un superbe arbre de Noël est apparu resplendissant de lumières, tout ruisselant de dorures et scintillements multicolores, puis toute l’assemblée debout entonna le magnifique chœur de : Mon beau sapin, roi des forêts.
M. et Mme Pia commencèrent alors la distribution des jouets, trompettes, etc., auxquels vinrent se joindre des avalanches de bérets pour les garçons et des châles de laine pour les filles.
A 10 heures 1/2 tout le monde s’est séparé, enchanté de cette soirée, et bénissant les bonnes âmes qui savent se transformer en providence sur la terre.

 

 

1-05-1902

Une carabine en cadeau pour l’école de Crozon

 

M. Pia, directeur du Grand-Hôtel de Morgat, vient de faire don au Comité de tir scolaire de Crozon d’une nouvelle carabine Flobert.
MM. Kervern, notaire à Crozon, Chevreuil, percepteur, et Humbert, médecin à Camaret, se sont fait inscrire comme membre bienfaiteurs de la Société de tempérance fondée à l’école de hameau de Kerloc’h et ont respectivement versé dans la caisse de cette Société les sommes de 5 francs, 2 francs et 1 franc.

 

Poésie dédiée à ma belle-fille composée par l’écrivain Armand Rio en 1902.

Le soleil héroïque d’Armor, A Madame Paul Pia, par Armand Rio (1902)

 

Le soleil héroïque d’Armor

 

A Madame Paul Pia

 

L’Atlantique a tranché son orbe éblouissant,

La lumière rougit en son réseau magique

Et, du lointain des mers aux côtes d’Armorique,

Comme un fleuve de feu, glisse en s’élargissant.

 

Sur la lande plus brune un souffle plus puissant

Courbe les tamaris et les genêts celtiques;

Et les moulins ont des lents gestes fantastiques

De leurs immenses bras, dans le soir qui descend,

 

Tandis qu’une cavale, au galop sur la grève,

Hennit au vent qui passe et qu’un étrange rêve

Fait frissonner sa croupe et vibrer ses naseaux;

 

Car au bord de la vague elle attend, solitaire,

Un cavalier divin qui surgira des eaux

Pour quelque chevauchée ardente et légendaire.

 

Armand Rio

 

 

 

Titre :  L’Aurore : littéraire, artistique, sociale / dir. Ernest Vaughan ; réd. Georges ClemenceauÉditeur :  L’Aurore (Paris)Date d’édition :  1902-10-09Contributeur :  Vaughan, Ernest (1841-1929). Directeur de publication

(article complet et grand !!!)

 

08-07-1903

Vol dans les cabines de bain du Grand-Hôtel de Morgat.

Morgat (en Crozon). — Vols avec effraction. — M. Pia, maître d’hôtel, en se rendant, dans la nuit de mardi à mercredi, aux cabines de bain qu’il a installées sur la grève à environ 500 mètres de l’hôtel, constata que la porte de la chambre de chauffe où se trouve le fourneau servant à chauffer l’eau était entièrement brisée et que les morceaux en avaient été enlevés ainsi que deux chaises. Le tuyau de plomb servant à conduire l’eau chaude dans les baignoires des cabines avait été également dérobé. Les dégâts se montent à une centaine de francs.

 

 

 

Août 1903

C’est dans ce Grand Hôtel de Morgat que l’anarchiste et écrivain Laurent Taillade trouve refuge.

Hôtel Pia, Grand Hôtel de Crozon
Hôtel Pia, Grand Hôtel de Crozon

Le , 1 800 camarétois font le siège de l’Hôtel de France de Camaret, menaçant d’enfoncer la porte d’entrée, criant « À mort Tailhade ! À mort l’anarchie ! », et menacent de jeter Tailhade dans la vase du port.

L’intervention des gendarmes de Châteaulin dans la nuit suivante suffit à peine à calmer les manifestants et le 29 août l’écrivain est contraint de quitter Camaret, « bénéficiant » de plus d’une véritable « conduite de Grenoble », de la part des manifestants qui l’accompagnent jusqu’à la limite de la commune. Il se réfugie à Morgat, dans l’hôtel Pia tenu par mon fils Paul.

Laurent Tailhade, né à Tarbes le 16 avril 1854 et mort à Combs-la-Ville le 2 novembre 1919, est un polémiste, poète, conférencier pamphlétaire libertaire et franc-maçon français.
Laurent Tailhade, né à Tarbes le 16 avril 1854 et mort à Combs-la-Ville le 2 novembre 1919, est un polémiste, poète, conférencier pamphlétaire libertaire et franc-maçon français.

Titre :  Le JournalÉditeur :  [s.n.] (Paris)Date d’édition :  1903-09-02Contributeur :  Xau, Fernand (1852-1899). Directeur de publication

 

 

 

Titre :  Gil Blas / dir. A. DumontÉditeur :  [s.n.] (Paris)Date d’édition :  1903-09-06Contributeur :  Dumont, Auguste (1816-1885). Directeur de publication

 

 

 

 

Titre :  Figaro : journal non politiqueÉditeur :  Figaro (Paris)Date d’édition :  1903-09-08

Tailhade se venge, notamment en publiant dans la revue satirique L’Assiette au beurre du un pamphlet intitulé « Le peuple noir » où il critique violemment les Bretons et leurs prêtres. Un procès lui est par ailleurs intenté par le recteur (curé) de Camaret devant la cour d’assises de Quimper. La chanson paillarde Les Filles de Camaret a d’ailleurs probablement aussi été écrite anonymement par Laurent Tailhade pour se venger des Camarétois.

 

 

Titre :  L’Ouest-Éclair : journal quotidien d’informations, politique, littéraire, commercialÉditeur :  [s.n.] (Rennes)Date d’édition :  1904-08-17

 

21/08/1904

Agitation princière à Morgat

Informations

 

Un prétendant surveillé. Sous ce titre on lit dans la Patrie :
Morgat, 16 août. — On continue à ne s’entretenir, à Morgat, que de la prochaine arrivée de la famille d’Orléans, et les baigneurs, nombreux ici, se montrent très heureux d’avoir pour voisins, pendant quelques jours, Madame la comtesse de Paris, les princesses ses filles et son gendre, le duc d’Aoste, cousin du roi Victor-Emmanuel d’Italie.
Le gouvernement paraît craindre, comme déjà en 1900, que le duc d’Orléans ne soit au nombre des voyageurs attendus, et il a pris en conséquence, des mesures excessives de précaution.
J’ai vu successivement les trois grands hôtels de Morgat: l’hôtel Pia, l’hôtel de la Plage, l’hôtel Hervé : nulle part on ne sait rien au sujet de la date d’arrivée. Mais, on se montre des figures de policiers parisiens qui interrogent les hôteliers MM. Pia, Téréné et Hervé, qui assistent au débarquement des voyageurs arrivant de Brest ou de Douarnenez sur les vapeurs.
A table d’hôte, ces policiers affectent de lire les journaux, mais en réalité, écoutent ce que disent leurs voisins. J’ai interrogé le brigadier des douanes dont le poste est situé en face de la baie.
Nous avons, m’a-t-il dit, reçu des ordres sévères de surveiller les débarquement de touristes au port du Fret et à Morgat. Les hommes échelonnés sur les côtes font bonne garde et, comme nous possédons la dernière photographie du prétendant, il lui sera bien difficile de mettre pied à terre sans être aussitôt signalé et arrêté.

 

D’ailleurs, le chef du secteur, M. le commissaire Spécial Moërdès, doit venir demain ou après-demain de Brest, pour nous donner des instructions nouvelles.
Au Grand-Hôtel, M. Pia me dit que les princesses d’Orléans et le duc d’Aoste vinrent à l’hôtel en 1900 passer quinze jours.
Le commissaire de police de Javelle et un autre policier, déguisé en prêtre étaient également au Grand-Hôtel, et surveillaient la famille d’Orléans qui était arrivée venant de Douarnenez sur un vapeur loué par elle.
A l’hôtel de la Plage, M. Téréné déclare également qu’il logea à cette époque un commissaire qui surveillait nuit et jour la côte et qui recevait de nombreux rapports d’agents détachés au Fret et au port de Morgat.
Mme Hervé me confirme toutes ces déclarations.
On me fait remarquer, au cours de mon enquête, que le commandant du bataillon du 118e d’infanterie, caserné au fort de Crozon, et la gendarmerie ont reçu des ordres pour mettre à la disposition de la police, le nombre d’hommes nécessaires en cas de débarquement du duc d’Orléans.
Maintenant, celui-ci viendra-t-il ? That is the question.

 

Hôtel Pia

 

Titre :  Vers et prose : recueil trimestriel de littérature / dir. Paul FortÉditeur :  Vers et prose (Paris)Éditeur :  F. Bernouard (Paris)Date d’édition :  1912Contributeur :  Fort, Paul (1872-1960). Directeur de publicationContributeur :  Salmon, André (1881-1969). RédacteurContributeur :  Valéry, Paul (1871-1945). Directeur de publication

 

Maxime Maufra (1861-1918), Coucher de soleil, 1900
Maxime Maufra (1861-1918), Coucher de soleil, 1900

 

Maxime Maufra 1861 - 1918 LE VENT
Maxime Maufra
1861 – 1918
LE VENT
Maxime Maufra
1861 – 1918
LE VENT
Signed Maufra and dated 1899 (lower right)
Oil on canvas
59 1/2 by 138 1/4 in.
151 by 351.5 cm
Painted in 1899.

READ CONDITION REPORTSALEROOM NOTICE

 

Record mondial actuel des oeuvres réalisées par Maxime Maufra.

This work will be included in the forthcoming catalogue raisonné being prepared by Caroline Durand-Ruel Godfroy.

PROVENANCE

Grand Hôtel de la Mer, Morgat (acquired from the artist in 1899)

Durand-Ruel, Paris (acquired through hotel manager Paul Pia on August 17, 1908)

Walter P. Chrysler, Jr., New York (acquired from the above on March 3, 1954)

Acquired as a gift from the above in 1963

EXHIBITED

Paris, Salon, 1901, no. 630

Paris, Galerie Durand-Ruel, Tableaux, dessins, aquarelles, eaux-fortes de Maxime Maufra, 1907, no. 2

Rouen, Exposition des Artistes Rouennais, 1909, no. 10

Dayton, The Dayton Art Institute, French Paintings 1789-1929 from the Collection of Walter P. Chrysler, Jr., 1960, no. 66, illustrated in the catalogue

LITERATURE

Victor-Emile Michelete, Maufra, peintre et graveur, Paris, 1908, illustrated p. 10

Arsène Alexandre, Maxime Maufra, Peintre marin et rustique (1861-1918), Paris, 1926, illustrated p. 7

Alexandra R. Murphy, European Paintings in the Museum of Fine Arts, Boston, Medford, 1985, p. 185

CATALOGUE NOTE

Post-Impressionist painter Maxime Maufra is best known for his landscapes and seascapes, and Le Vent exemplifies his mastery of both on a grand scale.  This monumental canvas dates from 1899, the year before Maufra met Gauguin in Brittany and joined the avant-garde group of artists painting in Pont-Aven.  In his biography of the artist, Arsène Alexandre characterized Maufra as a “poet of the sea”  and illustrated Le Vent at the header of his introduction.  Indeed,  the painting is a powerful example of how Maufra could harmonize conflicting forces of nature in a singular composition.

Le Vent was commissioned in 1899 for the Grand Hôtel in Morgat, a resort town in Brittany.  According to Caroline Durand-Ruel Godfroy, who is preparing the Maufra catalogue raisonné, the artist was friends with the hotel’s manager, Paul Pia, and produced four paintings for the hotel.  In 1908, Pia sold the work to the Durand-Ruel gallery in Paris, from which Walter P. Chrysler, Jr. acquired it in 1954.  Chrysler, whose father founded the eponymous automotive company, was a dedicated collector who gave nearly 10,000 objects to the Norfolk Academy of Arts and Sciences, now the Chrylser Museum of Art.  Le Vent, however, was gifted to the Museum of Fine Arts in 1963.