Cadeau pour les inondés du Midi

La Grotte des Géants va rebondir à nouveau grâce un élan de générosité de Gustave Courbet. En effet, il l’offrit aux organisateurs d’une vente aux enchères dont le but était de récolter des fonds en faveur des inondés du Midi de la France.

 

 

 

La Caverne des Géants / Gustave Courbet / Amiens, Musée de PicardieLa Caverne des Géants / Gustave Courbet / Amiens, Musée de Picardie

 

Toulouse ravagé par les crues de la Garonne en 1875
Toulouse ravagé par les crues de la Garonne en 1875

 

Le faubourg Saint-Cyprien à Toulouse, près du dôme de la Grave, a été particulièrement touché.

En effet, le 23 juin 1875, suite à des pluies ininterrompues depuis plusieurs jours, des inondations catastrophiques se produisent dans le Midi de la France. L’annonce de ces crues est tout d’abord discrète dans les quotidiens. Mais, au fur et à mesure que les dépêches arrivent, les journaux accordent une place de plus en plus importante à ce désastre. La crue de la Garonne ravage toute sa vallée. À Toulouse, le bilan est effroyable : 208 morts et plus de 1 200 maisons détruites.

 

Dans le journal le Nouvelliste Vaudois et Journal National Suisse du lundi 5 juillet 1875, on signale cette information suivante :

Le peintre Courbet a envoyé au comité de la société française deux tableaux, dont un seul « La Grotte des Géants à Saillon » est taxé 4000 francs…

https://memovs.recapp.ch/archiveSearch/#!/video/f0047E002597/4
La Caverne des Géants sur Canal9 / Bernard Wyder

Dans le Confédéré de Fribourg  du 7 juillet 1875, on écrit aussi sur le geste de grade classe de Courbet.

CANTON DE  FRIBOURG.

Secours aux inondés.

Toute la presse française publie l’appel au peuple suisse adressé par le Comité central qui s’est constitué à Berne. Auparavant notre minisire à Paris, M. Kern, avail déjà adressé un appel à la colonie suisse. La République française, les Débats, le Temps mentionnent cette première organisation ; le Siècle remercie par des paroles émues et de reconnaissance.

Nous apprenons que dans tous les cantons de la Suisse les comités cantonaux sont en voie de formation. A Genève, la souscription populaire a pris des proportions réjouissantes, les nombreux étrangers de cette ville cosmopolite s’y sont associés avec empressement.

Le peintre Courbet a envoyé au Comité de la Société française deux tableaux, dont un seul. la Grotte des Géants à Saillon est taxé 4,000 fr.

Même dans le Ostschweiz de Saint-Gall  du mardi 13 juillet 1875, on  relate le don de Gustave Courbet à ses compatriotes :

 

Der französische Maler Courbet in La Tour de Peilz hat dem Komite der französischen Gesellschaft in Vevey zwei Gemälde übersandt, die zu Gunsten der Ueberschwemmten in Frankreich verkauft werden sollen. Das eine “la Grotte des Géants de Saillon”, ist nach der Schätzung von Courbet allein Fr. 4000 werth. Die Subskription der “Gazette de Lausanne” zu gleichem Zwecke verzeigt bereits über Fr. 10,000.-

 

 

 

Deux semaines plus tard, le journal Le RAPPEL du 29 juillet 1875. informe ses lecteurs que :

…Parmi les artistes français qui ont voulu participer aux souscriptions ouvertes à Genève en faveur des inondés du Midi, figure M. Courbet qui a envoyé un tableau représentant La Grotte des Géants, estimé à 5000 ou 6000 francs…

 

Et à l’étranger, le lord-maire de Londres et le pape Pie IX font également parvenir leurs dons. Pour la Suisse, c’est le ministre et successeur de Joseph-Hyacinthe Barman à Paris, M. Kern qui fait appel à toute la colonie suisse.

 

Inondations à Toulouse de la Garonne en 1875
Inondations à Toulouse de la Garonne en 1875
La colère de la Garonne en 1875
La colère de la Garonne en 1875

 

 

 

Histoire. Juin  1875 : une crue historique de la Garonne et 208 morts à Toulouse

par  Mathieu Arnal

Le 23  juin 1875, la crue de la Garonne ravage toute sa vallée. À Toulouse, le bilan est effroyable : 208 morts et plus de 1 200 maisons détruites. Retour sur ce triste épisode.
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Scènes de destruction après la crue de 1875 comme ici, le pont Saint-Michel échoué près de la grille du Cours Dillon. (photo : archives des Toulousains de Toulouse)

Toulouse et la Garonne. Une longue histoire tumultueuse, jalonnée de crues dévastatrices. Du XIIIe au XIXe  siècle, le fleuve est sorti de son lit à près de cinquante reprises. Mais l’inondation de 1875 est d’une ampleur sans précédent.

Au matin du 23  juin, les Toulousains découvrent, effarés, leurs rues inondées. Le triste record de montée des eaux établi le 17 septembre 1772 (8,50 m) est balayé en quelques heures. Le fleuve tourbillonne avec une vitesse vertigineuse, atteignant plus de 2,5  millions de litres à la seconde. À midi, les neuf mètres sont dépassés.

L’armée pare au plus pressé en édifiant à la va-vite des digues de fortune, comme au débouché de l’avenue de Muret, au lieu d’évacuer les populations sur les hauteurs de la ville. En début de soirée, le pont Saint-Michel s’écroule. Par ricochet, la digue du Cours Dillon, la plus solide de la ville, cède à son tour.

Saint-Cyprien dévasté

Si les bas quartiers de Saint-Michel et de l’Île du Ramier sont rapidement submergés, c’est Saint-Cyprien qui paie le plus lourd tribut, où vivent de nombreux habitants dans de modestes maisons aux murs en terre crue. La nuit, d’autres habitations cèdent, précipitant dans les flots les familles réfugiées sur les toits…

Malgré le dévouement héroïque de pêcheurs de sable, de préposés à l’octroi ou encore, des frères de Saint-Nicolas de la Grave, le bilan est effroyable. Après la décrue, 208 cadavres sont retrouvés sous les décombres.

Les corps exposés devant les chambres noires des photographes Delon et Provost afin d’être identifiés, sont ensuite conduits au « carré des noyés » du cimetière de Terre-Cabade. Un immense élan de solidarité s’organise.

Si le Conseil municipal vote un premier secours de 100 000 francs, de nombreux comités indépendants comme celui réunissant des journaux républicains collectent d’importants fonds. L’Assemblée vote à son tour une souscription nationale. Et à l’étranger, le lord-maire de Londres et le pape Pie IX font également parvenir leurs dons.

par Mathieu Arnal