Gustave brouille les pistes

LE STRATAGÈME, SIGNÉ Gustave C. : non à Vichy,… oui à Saillon.

 

Courbet écrit partir pour Vichy et disparaît à Saillon, autre cité thermale de Suisse.

 

Courbet hésite  à quitter la France. Il écrit à sa soeur Zélie vers la fin du mois de  juin 1873 :

Zélie Courbet
Zélie Courbet

Zélie Courbet par son frère Gustave Courbet

J’ai renoncé à aller en Suisse, puisque je ne suis pas sorti sous la Commune je ne vois pas pourquoi je m’en irai maintenant.

 

 

A mi-juillet 1873, il change d’avis, planifie sa fuite. Il écrit à ses soeurs Juliette et Zélie Courbet.

Je vais partir pour la Suisse par Pontarlier. Je tâcherai de passer par Flagey. Si je n’ai pas le temps, j’irai tout droit chez le docteur Gindre et les Pillot me conduiront en Suisse, il n’y a pas loin depuis Salins ou Pontarlier, il y a une ou deux heures de chemin de fer…

Juliette Courbet
Gustave Courbet (1819-1877), “Portrait de Juliette Courbet (1831-1915), la plus jeune soeur du peintre, légataire universelle et executrice testamentaire”, huile sur toile, 1844. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais.

 

Le dimanche 20 juillet, le départ est imminent. Courbet,  à ses soeurs Juliette et Zélie :

Mes chers soeurs,

Enfin voici le moment de partir pour la Suisse…

 

 

Le dimanche 20 juillet 1873, Courbet  écrit à sa grande amie, épouse du peintre Charles Joliclerc,   Lydie Joliclerc. Le moindre détail est pensé dans le plus grand secret :

Il s’agit maintenant de sortir adroitement de France, car, d’après la condamnation c’est 5 ans de prison ou trente ans d’exil si je ne paye pas. Dans ce cas, nous allons, M. O(rdinaire) et moi, partir pour la Vrine et nous y serons mercredi à 5 heures de l’après-midi. Nous comptons sur vous pour venir nous chercher, soit Joliclerc, soit le docteur, soit M. Pillod, avec une voiture fermée, et nous transporter d’un seul trait aux Verrières, où nous dînerons.

Dans tout ceci il faut un secret absolu.

Portrait de Lydie Joliclerc
Lydie Joliclerc

Lydie Joliclerc par Gustave Courbet

 

Cela se précipite pour le peintre d’Ornans.  Courbet écrit, le dimanche 20 juillet 1873,  à nouveau à Juliette et Zélie Courbet. L’heure H est arrivée :

Enfin voici le moment de partir pour la Suisse…

Jeudi arrive mon procès, et je serai condamné, c’est sûr. Je serai peut-être condamné à deux cent mille F d’amende et obligé de faire l’exil, comme je vous l’ai déjà dit, ce qui n’est pas désagréable…

J’irai vous voir en partant pour la Suisse mercredi matin avec M. Ordinaire qui m’accompagnera en Suisse. J’ai écrit à Lydie et au docteur Gindre et aux MM. Pillod. Nous passons directement en Suisse. Une fois-là, je suis dans un Eldorado comme disait Max Buchon…

 

Le 21 juillet 1873, il écrit à son ami,  le critique d’art, avocat et homme politique Jules Castagnary. Comme Courbet l’avait certainement  averti de son projet de quitter la France pour la Suisse et comme cette lettre devait être lue par Me Lachaud, l’avocat  du procès de la Colonne Vendôme, Courbet parle d’une cure thermale à Vichy. C’est ici qu’il brouille toutes les pistes. Il n’y portera jamais les pieds, mais la cure thermale sera  son code pour désigner le lieu de son refuge secret en Suisse : Saillon, dans l’ancien moulin, à deux pas de la source thermale des Bains de Saillon.

 

Anciens Moulins de Saillon
Anciens Moulins de Saillon

 

Vichy, non….Saillon, oui !

Jules Castagnary par Gustave Courbet

Je suis réellement souffrant d’une maladie de foie et d’un commencement d’hydropisie et je pars pour les eaux de Vichy, d’où je vous écrirai tout de suite.

Publicité des thermes de Vichy
Publicité des thermes de Vichy

 

C’est ici que commence la période dite suisse de l’artiste franc-comtois. Les biographes de Courbet perdent toute trace de l’artiste durant l’automne 1873.

Aucune correspondance, aucun contact extérieur, aucun signe de vie. Mais cela est-il bien vrai ? Nous verrons plus tard que Gustave Courbet a continué d’exercer sa passion avec classe et maîtrise et que les experts, même les plus patentés n’y ont vu que du feu en se mélangeant souvent les pinceaux.